JOUR 1 - prendre le temps d'observer
Dernière mise à jour : 25 févr. 2025

Voici le tableau La Robe Bleue du peintre français Edouard Frédéric Wilhelm Richter.
Tableau que j’ai rencontré par hasard lors d’un voyage en Écosse en 2014, au détour d’une visite impromptue dans un musée d’Edimbourg dont j’ai oublié le nom.
Pour démarrer ce blog, c’est ce tableau que j’avais en tête et que j’avais envie de partager avec vous. Je ne l’avais jamais recherché sur le net jusqu’à présent, gardant dans mes souvenirs cette découverte exceptionnelle pour moi.
Deux ou trois ans avant ce voyage, j’ai pris des cours de peinture et je m’y suis découvert une fascination pour le travail de l’ombre et de la lumière. En passant du noir au blanc on peut créer des visages, des mains, des corps et des vêtements. Incroyable, cette magie de la peinture. Peignant en dilettante et sur mon temps libre, je n’ai pas pris le temps, justement, de me perfectionner.
Et me voilà partie sur un coup de tête, après une journée exécrable vécue au travail, pour une semaine en Ecosse. Toute seule avec un groupe d’inconnus français et une guide écossaise. Ce voyage fut merveilleux de découvertes et de lâcher prise. Car, par chance, j’avais oublié le chargeur de mon appareil photo. Pas de smartphone à ce moment-là (uniquement mon petit Sony Ericsson).
Au bout de deux jours, aucune possibilité de prendre des photos, appareil out. Mais hors de question pour moi de laisser aux oubliettes ce qui m’émerveillait.
J’ai donc commencé à être plus attentive, chaque jour, sur ce que je voyais et comment je le vivais, pour l’écrire le soir, au creux de mon oreiller, sur un bout de feuille que je trouvais au cours de la journée.
Impossible de faire cela sans vivre le présent et sans s’en imprégner immédiatement. Un coucher de soleil, un oiseau, des rochers au milieu de l’océan, un ciel nuageux, de vieilles pierres, la nature à perte de vue, le bien-être ressenti face à tant de beauté.
Edimbourg était notre dernière étape. Le lendemain, je reprenais l’avion. Quartier libre. Musée pas loin de l’hôtel. C’était parti.
Et c’est la première et dernière fois que je me suis assise face à un tableau et que j’y suis restée aussi longtemps.
Il n’est pas plus beau qu’un autre, ce n’est pas vraiment un style de peinture qui m’attire. Mais, regardez moi cette robe.
On ressent le tissu au bout de ses doigts, on entend presque ses froissements, on admire sa luminosité, on s’imagine sa lourdeur à la porter.
Je m’y suis approchée de cette robe. Zoomez avec moi. Des traits bleus et des traits blancs. Rien d’extraordinaire quand on a le nez dessus. Rien de ressemblant. Puis on recule.
Et tout est là. Tout semble vrai, présent.
J’ai compris ce jour-là l'importance de l’ensemble d’une peinture. D’exprimer un tout et non des détails mis côte à côte. Moi qui suis perfectionniste, qui veut à tout prix que chaque détail se rapproche de la réalité que je vois, je me suis rendue compte que la peinture exprime le réel mais ne le copie pas.
Cela change tout.
A votre tour de vous laisser porter par ce tableau. Prenez le temps, observez chaque pli, chaque lueur de tissu, chaque broderie. Le visage, le dos, le bras de la femme. La décoration autour d'elle. Perdez-vous dedans. Ecoutez ce que vous ressentez. Fermez les yeux. Puis découvrez de nouveaux détails.





Le fait de porter attention à une image/moment vécu à partir de tous ses sens afin de l'ancrer dans sa mémoire sans la prendre en photo, un ami appelle cela la "photo-cerveau". Quel rendu incroyable !